Vin nature : un simple phénomène de mode ? 

Le vin nature a le vent en poupe. A Paris et en proche banlieue, les caves spécialisées fleurissent et les clients affluent. Derrière cette nouvelle tendance de consommation se cache un engagement écologique.

Vin bio, en biodynamie ou naturel … A chaque terme sa définition. Mais comment s’y retrouver ? Pour différencier ces trois catégories, quelques indicateurs peuvent aider. Premier vin connu : le bio qui porte le label AB (agriculture biologique) généralement indiqué sur l’étiquette de la bouteille. Pour obtenir ce label, le vigneron doit respecter un cahier des charges bio pour la culture de la vigne et la vinification (agriculture avec peu d’intrants et usage restreint de produits chimiques de synthèse). Le vin en biodynamie va un peu plus loin dans l’idée d’une production respectueuse de l’environnement et sans interventionnisme chimique. Le vigneron pratique ici une agriculture très attachée aux cycles naturels. Comme pour le vin bio, des labels existent mais certains vignerons n’en affichent aucun. Pour le savoir, il faut donc aller directement dans les domaines viticoles ou bien se renseigner auprès des cavistes généralement bien informés.

Un vin qui reflète le terroir

Et le vin nature dans tout ça ? Contrairement aux deux autres, il n’est pas réglementé. Autrement dit, il n’existe aucun cadre juridique, ni cahier des charges officiels, ni certification permettant d’authentifier que le vin est naturel. A chacun donc de choisir sa définition. « Quand j’évoque le vin nature, je mets en avant la manière dont travaillent les vignerons. Dans les vignes par exemple, il n’y a aucun intrant chimique. Le raisin est le plus sain possible et les vendanges sont récoltées à la main. Ensuite lors de la vinification, les vignerons interviennent également le moins possible. En ce sens, ils n’ajoutent ni soufre, ni sulfites, ni quelconque substance », explique Constance, sommelière chez Sauvage. Dans ce restaurant parisien et sa cave à manger attenante, la jeune femme sélectionne pour sa carte des vins des vignerons indépendants qui « font un vin reflétant leur terroir et leur raisin et surtout, qui ont une histoire à raconter ». Constance ne recherche pas nécessairement un vin estampillé nature. Ce qu’elle veut, c’est un vigneron qui n’a pas masqué son vin.

Les clients de Sauvage sont pour la grande majorité des habitués. La carte convainc par sa variété. « Nous avons des vins très classiques en barriques et des vins un peu plus barrés. Nous avons une large proposition qui fait que même ceux qui ont peur de l’image du vin nature sont finalement ravis de ne pas retrouver les défauts que certains leur reprochent », précise Constance. Par défaut, on entend l’oxydation qui résulte d’un contact du vin avec l’air et affecte sa qualité ou encore l’acidité volatile qui donne un goût de vinaigre désagréable en bouche. « Il existe de bons vins nature et d’autres imbuvables. », reconnaît la sommelière. Selon elle toutefois, les anomalies légères peuvent donner plus de caractère et d’énergie à un vin.

Un engagement politique

Aux terrasses de bistrots voisins, les avis divergent. Pour certains, pas question de déroger au goût traditionnel du vin : « J’ai essayé mais ce n’est pas pour moi. L’aspect pétillant issu des méthodes de vinification me déplaît. Ce n’est pas ce que je recherche », témoigne Alain. Même constat pour Vanessa : « Il y a 7 ans, après des cours d’œnologie, je me suis intéressée de près au vin naturel. Je voulais faire comme avec mon alimentation : consommer des produits non transformés. Toutefois, je n’ai pas aimé. Le goût était râpeux, âpre, sans saveur et très différent des vins tanniques que j’aime beaucoup ». Pour d’autres, le vin naturel est plus une affaire de mode. « Nous nous retrouvons avec des amis chaque semaine dans une cave populaire du 10e arrondissement de Paris. Mais nous y allons plus parce que c’est dans l’ère du temps que par affaire de goût », observe Thomas.

Au-delà des tendances, la consommation du vin nature est aussi une question d’engagement. « Je suis attachée au lien et à la prise en compte par l’homme de son environnement et de la nature. J’aime donc l’approche des vignerons dans la production du vin naturel. C’est le respect du produit sans transformation », explique Juliette. La jeune femme, qui se considère comme une consommatrice modérée, a jusque-là apprécié tout ce qu’elle a bu et ne souhaite pas revenir aux vins traditionnels dont le goût est « moins subtil » et « moins harmonieux ». Finalement, la question à se poser est de savoir ce que l’on veut boire vraiment. « Au consommateur de choisir s’il souhaite s’abreuver de produits de synthèses ou boire sainement et ainsi éviter de gâcher notre planète. Le vin nature est aujourd’hui un engagement politique », conclut Constance.